portrait
Bd Paubert


Avant 1842, la rue de La Pointe était bordée de la rangée d’immeubles qu’on voit encore actuellement et d’une deuxième, qui occupait l’emplacement du Boulevard Louis Paubert, le long du rempart du Driasker. Ces maisons appuyées contre le rempart étaient en partie fortifiées, et formaient le rempart même.

A partir des années 1820 et suivantes, le ministère de la Guerre empêcha les réparations de ces demeures pour pouvoir les acquérir à bon compte… et renforcer la défense de la ville de ce côté. Une fois achetées et rasées, il ne restait plus en 1842, qu’une sorte d’esplanade sous laquelle subsistaient des "voûtes", les caves des maisons rasées qui servaient d’entrepôts et ouvraient directement sur la mer au temps des "marchands et bourgeois de navires" ; certaines communiquaient avec des caves de maisons de l’autre côté de la rue de la Pointe.

Le nouveau mur fortifié avait été fait à l’économie,"fermant tant bien que mal les caves et les ouvertures de ces maisons, ne reprenant que les parties absolument mauvaises, et couronnant le tout d’un petit mur crénelé de 2 m. de hauteur…", mais les projets présentés en 1870 par le chef du Génie des Fortifications du Port-Louis concernant de grosses réparations à faire au rempart longeant la baie du Driasker furent ajournés : ils semblaient inutiles en haut lieu, l’accès à la ville de Lorient paraissant suffisamment bien défendu par la citadelle à l’entrée de la passe de Port-Louis. Le colonel directeur des Fortifications, en poste à Brest expliquait :
"On ne voit aucun motif bien sérieux pour rectifier le tracé de cette partie de l’enceinte… le long flanc gauche du bastion 20 aidé des petits flanquements intermédiaires suffisant largement avec le bastion 27 à assurer la sécurité de la place".

Il préconisait d’assurer des reconstructions partielles, et de débloquer les finances en cas de besoin, parce qu’on ne pouvait guère compter sur la ville pour entretenir son enceinte. Il précisait dans son apostille accompagnant le devis des travaux projetés :
"Il est à peu près certain que l’on n’obtiendra jamais de subside de la ville de Port-Louis pour l’entretien de son enceinte, quoique cependant elle soit peut-être la plus intéressée à la conservation des fortifications qui l’abritent des vents et de la mer sur la plus grande partie de son pourtour ; on peut même se demander ce que deviendrait une partie de cette ville si le Département de la Guerre cessait d’entretenir l’enceinte ; mais en définitive, Port-Louis n’est qu’une assez pauvre bourgade. Cependant, ce qu’on pourrait lui demander, et ce qu’elle paraît disposée à faire, ce serait de planter et d’entretenir à l’état de promenade le terre-plein en arrière du front 22-27, car la rue, la chaussée pavée, longe les maisons tantôt sur le terrain de la fortification, tantôt en dehors, et tous les Commandants du Génie ont fait leurs efforts pour empêcher les voitures de suivre le terre-plein le plus voisin de la fortification, parce que les voûtes des caves des anciennes maisons se sont plusieurs fois effondrées sous le poids des voitures et que c’est là une cause de dépense, sans compter que l’ébranlement que peuvent éprouver les vieilles maçonneries sous l’action des voitures lourdement chargées peut nuire à leur conservation ; une bordure d’arbres que la ville aurait intérêt à conserver aurait vraisemblablement l’avantage de parer à ces inconvénients."

Ce qui fut suivi d’effets puisqu’en 1885, l’architecte René Vannier arasa le mur crénelé et construisit la promenade du Boulevard de la Liberté (ancien nom du Boulevard Paubert) qui fut plantée de tilleuls en 1886. Le nom du maire qui l’avait fait aménager, Louis Paubert, lui fut donné en 1922.

A.P.

Bibliographie
* Chronique port-louisienne HS : les fortifications - 1996
Archives du Service Historique des Armées, Vincennes
Bibliothèque du Musée de la Marine, dossier Port-Louis.

Bastion 20 : bastion St-Pierre
Bastion 27 : Club Nautique actuel
La place : Port-Louis était considérée comme une place militaire
Apostille : recommandation écrite sur une proposition (de dépense dans le cas du Ministère de la Guerre à l'époque)


C.A.H, Les métiers d'autrefois,